une clope
au bec, je lisais des vieux romans achetés au Gibert d'à côté, dans un café triste où se retrouvait chaque jour, du moins ceux que je hantais, un groupe de vieux dont une femme silencieuse au regard d'oubliée.
Puis je rentrais en bus chez mes parents.
Le numéro 30.
J'ai détesté vivre chez eux.
Cela me permis de chérir ma solitude, de la complexifier.
Aimer les natures mortes/still lifes.
Honorer les regards.
Se désintéresser des conversations mais aiguiser le trouble-sens.
Attendre patiemment la rencontre.
Je patientais en lisant des vieux romans et en allant au CNP du coin.
Longtemps je me suis installée dans ces fauteuils trop raides mais dont une certaine position permettait de rester les 1h40/2h00 sans bouger en étant quasi sûre de n'être pas dérangée par un gêneur de dernière minute.
Plus tard car je devenais claustro, je m'assis sur la banquette de gauche, fauteuil extrême à droite, pour pouvoir étendre mes jambes et savoir que je pouvais me tirer à n'importe quel moment.
Je devins plus pressée, sans doute les hormones, je commençai à voyager. Partir encore plus loin de chez eux et régulièrement. Un jour, avec un vrai job, j'eus mon appart, pas partagé, pas miteux, un appart à peu près viable, avec du chauffage et de la place. J'en eus d'autres. Alors je pris mon temps en tout. J'étais loin d'eux. J'étais enfin seule, à me débrouiller seule mais sans cette fausse compagnie de gens qui ne me voyaient pas, ne me parlaient pas, se détestaient et vivaient pourtant ensemble.
j'ai pris tout mon temps avant de penser quotidiennement à un seul homme.
Avant Suzanne.
Je suis de 1968. J'ai bientôt 44. Ma peau vieillit c'est... pénible. J'ai les kilos des nanas gourmandes de mon âge. Je ne crains pas grand chose. Seule l'égalité est importante pour moi. Le reste suit si l'égalité est. Je crains que l'égalité ne soit encore plus (ab)usée.
Je veux que Suzanne n'ait aucun doute quant à ses droits. Je l'éduque uniquement pour cela.